Livern était retourné sur le territoire lumineux. Après sa rencontre avec Loki le bêta lumineux, Syanka le ténébreux et Zeït l'étrange neutre, le loup gris avait décidé de rentrer sur ses terres. Il n'y avait rien de mieux que son chez sois. Toutes ces pérégrinations ne lui avaient pas forcément apportées que du bon.
L'assassin lumineux se rendit compte que la neige était tombée aussi sur son territoire. Tout comme sur le territoire ténébreux qu'il avait arpenté quelques heures auparavant. Lui qui avait voulut admirer la verdure de la clairière ensorcelée, il avait maintenant les pattes dans la neige. Mais, finalement, cela lui importait peu. Il aimait la neige. C'était tellement joli et après le calme de l'hiver venait le printemps et la verdure referait surface. Le lumineux donna un grand coup de patte dans la couche humide et duveteuse. Les flocons retombèrent en pluie sur son pelage. Livern rit. Dans sa tête son éclat de rire était l'écot de celui de Verlin. Ce n'était pas souvent qu'il entendait son double rire ainsi. Il sentait son cœur se gonfler d'amour.
Dans le même temps il sentit une vague de tristesse le submerger. Comment en étaient-ils arrivés là ? Leur relation allait bien plus loin qu'un simple partage de corps. Le loup gris pâle savait que ce n'était pas normal. Qu'ils se portaient une affection bien trop particulière. Il sentit que son autre lui le blâmait pour ces pensées. Oui, ils en avaient discutés. Oui, ils en avaient convenu que ce n'était peut-être pas normal mais que c'était ainsi. Qu'ils n'allaient pas lutter contre eux mêmes pour faire plaisir aux autres n'est-ce pas ? Mais il n'empêche, Livern savait que si quelqu'un venait à apprendre ce qui se tramait sous son crâne on finirait de le prendre pour un fou. Et alors ? Lui demanda Verlin. Quelle importance avaient les autres ? Ils ne seraient jamais seuls. Ensemble à jamais.
L'assassin lumineux sentait que le sourire lui venait de nouveau. Après tout, qui pouvait le voir ? Il était seul dans la clairière. Seul avec lui même. Il se remit à jouer avec la neige refusant de laisser ses pensées parasiter son bonheur.
Soudain, il sentit que Verlin voulait prendre possession de leur corps. Livern se retira sans faire de difficulté. Ce n'était pas comme s'il le faisait souvent. Et, à son grand étonnement, son double usa de son pouvoir. Il sentit bel et bien cette sensation de déchirure si douloureuse et qui pourtant lui apporterait tant de bonheur. Livern pu regarder Verlin droit dans les yeux. Il avait enfin décidé de scinder leur esprit en deux. La loup gris pâle savait que cela ne durerait pas et demandait beaucoup d'efforts à son double lorsque ceci se faisait sans menace particulière mais il était si heureux ! Le loup gris pâle se jeta sur son homologue plus foncé. Son cœur battait fort, si fort qu'il avait l'impression qu'il allait sauter hors de sa poitrine. Oui, il l'aimait et les autres pouvaient bien en penser ce qu'ils voulaient.
***
Verlin regardait avec émotion son double. Il était content de pouvoir lui offrir ces instants de bonheur. Lui même souffrait de cette séparation d'avec son corps d'origine. Cependant, cette douleur se faisait moindre face aux bonheur du pâle assassin. Oubliant sa douleur il se prit aux jeux de son double. Ils se lancèrent dans une joyeuse cavalcade. Se renversant dans la neige ou se l'envoyant en pleine tête. Entre cris de surprise et éclats de rire ils jouaient. Ils profitaient simplement de la présence de l'autre. Ils en profitaient pleinement. Le loup gris foncé savait qu'il ne pourrait pas réitérer cet exploit avant un moment. Alors il faisait part de toute son affection à Livern. Il l'aimait tant. Il était le seul à pouvoir le rendre un peu meilleur. Un peu plus doux et gentil.
Ils jouaient ainsi dans la neige depuis assez longtemps déjà lorsqu'ils cessèrent de s'agiter. Verlin vint poser sa tête sur le dos de Livern qui s'était couché dans la neige. Il sentait qu'il allait bientôt devoir retourner dans la tête de son partenaire. Ce dernier lui lança un doux regard. Verlin lui lécha le museau. Ils n'avaient peut-être pas une relations normale mais, après tout, son existence même était une hérésie. Il ne devrait même pas vivre. Il n'était jamais qu'une part de Livern. Mais pourtant si différent de lui...
Soudain, les oreilles du loup gris orage se dressèrent. En une fraction de seconde il fut sur ses pattes. Se campant devant son autre lui. Il ne permettrait pas qu'il lui arrive quoi que ce soit. Il entendit son aimé lui parler.
- Dis Verlin, qu'est-ce qui se passe ?
- Il se passe que nous ne sommes plus seuls et que, moi vivant, je ne permettrait pas qu'il t'arrive quoi que ce soit.La détermination brillait dans ses yeux bruns tandis qu'on pouvait lire l'inquiétude dans ceux, si semblables aux siens, de Livern. Lui aussi s'inquiétait pour son autre lui. L'intrus ne manquerait pas de remarquer le symbole identique qui s'étalait sur leurs hanches.